Il y a un jour où j’ai arrêté de faire semblant


Témoignage de Marc, 44 ans — en rétablissement depuis 2 ans Thèmes : Alcool · Rétablissement · Famille


Je m’appelle Marc. J’ai 44 ans, je suis technicien de maintenance, père de deux fils. Et il y a deux ans, je suis arrivé pour la première fois à dire à voix haute une phrase que j’avais refusé de m’avouer pendant quinze ans.

Si vous lisez ça en ce moment, je pense que vous savez déjà de quoi je parle.

Au début, c’était juste pour décompresser

Au départ, un verre le soir, c’était la récompense de la journée. Tout le monde fait ça, non ? Un verre pour souffler. Et puis deux. Et puis la bouteille a commencé à vivre dans le frigo comme si elle m’attendait.

Je n’ai pas vu le glissement se faire. C’est ça qui est traître avec l’alcool. Il n’y a pas de moment où tu te dis « ok, maintenant je suis accro ». Un jour t’es quelqu’un qui boit un verre de temps en temps. Le lendemain, enfin dix ans plus tard, tu te réveilles et tu penses à la bière avant d’avoir mis les pieds au sol.

Ma famille a vu avant moi

Ma femme Sarah m’a parlé une première fois. Puis une deuxième. Et une troisième. À chaque fois j’avais une réponse. « C’est le stress du boulot. C’est la période. J’ai le contrôle. »

Mon fils aîné a eu ses 12 ans en mars. J’étais là physiquement. Mais je n’étais pas vraiment là. Et lui, il le savait. Il n’a rien dit. Mais j’ai vu ses yeux ce soir-là. C’est ce soir-là que quelque chose a craqué en moi.

Le lendemain matin, j’ai cherché sur internet « comment savoir si je bois trop ». J’ai eu peur des résultats. Mais je n’ai pas fermé l’écran.

La première fois chez le médecin

Je suis allé voir mon généraliste. Pas pour l’alcool. J’ai prétexter de la fatigue. Et lui, il a posé les bonnes questions. Sans me juger. Sans sortir de grand discours. Il m’a demandé combien je buvais par semaine.

J’ai dit un chiffre. Un faux chiffre. Mais c’était déjà la première fois que j’en parlais à quelqu’un. Et il ne m’a pas regardé différemment. Il m’a juste dit : on peut travailler là-dessus, si vous voulez.

Ce « si vous voulez ». C’est ce mot-là qui m’a sauvegardé ce jour-là. Il ne m’a pas imposé. Il m’a laissé le choix. Et pour la première fois, j’ai eu envie de choisir de prendre soin de moi.

Ce que j’ai appris depuis

Je suis suivi depuis deux ans. J’ai eu des hauts. Et des bas. Une rechute six mois après le début. Un week-end où je pensais que tout était foutu. Mais ce n’était pas tout foutu.

  • J’ai appris que la rechute ne remet pas à zéro tout ce qu’on a construit.
  • J’ai appris qu’on peut éprouver une envie intense de boire et ne pas céder. Que l’envie passe. Toujours.
  • J’ai appris que parler à quelqu’un qui est passé par là, c’est différent. Ils ne plaignent pas. Ils comprennent.

Aujourd’hui, je bois du café déca le soir. Mon fils m’a demandé l’autre jour si on pouvait faire du vélo samedi. Juste lui et moi.

J’ai dit oui. Et j’étais vraiment là.


Si vous vous reconnaissez dans ce témoignage, vous n’êtes pas seul·e. Le premier pas peut être très petit — parler à un médecin, appeler le 3114, ou simplement lire un autre témoignage ici.

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