Quand le noir était partout – témoignage d’une traversée

Témoignage de Sophie, 38 ans – en rétablissement depuis 18 mois Thèmes : Dépression · Idées noires · Espoir


Je ne sais pas comment commencer. Peut-être par là : pendant deux ans, je ne voulais plus être là.

Pas forcément mourir d’une façon précise. Juste… disparaître. Que ça s’arrête. Le matin en ouvrant les yeux, la première pensée c’était : encore.

Ce n’était pas la tristesse qu’on voit dans les films

La dépression que j’ai vécue, ce n’était pas pleurer dans un bain avec une bougie. C’était me lever, habiller mes enfants, aller travailler, sourire aux collègues – et ressentir absolument rien. Un vide total. Comme si quelqu’un avait éteint quelque chose à l’intérieur.

Je fonctionnais. De l’extérieur j’avais l’air bien. C’est ce qui est épuisant dans la dépression masquée : personne ne voit, et vous non plus vous ne comprenez pas vraiment ce qui se passe.

Le moment où j’ai compris que c’était grave

Un soir j’ai regardé les médicaments dans l’armoire de la salle de bain. Je n’ai rien fait. Mais j’ai regardé. Et quelque chose dans cette pensée m’a fait peur – peut-être pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu peur pour moi.

Le lendemain j’ai appelé mon médecin. Je lui ai dit exactement ça : j’ai regardé les médicaments hier soir. Il m’a donné un rendez-vous le jour même.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise

Ce n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas dans la tête dans le sens où vous pourriez décider de guérir si vous vouliez vraiment. C’est une maladie. Le cerveau souffre comme n’importe quel autre organe peut souffrir.

Et les idées noires, les pensées de disparaître – ça ne veut pas dire que vous êtes fou ou folle. Ça veut dire que vous souffrez trop depuis trop longtemps et que vous avez besoin d’aide maintenant.

Ce qui m’a aidée

  • Parler à mon médecin sans minimiser. La première fois que j’ai dit la vérité entière, quelque chose s’est allégé.
  • Le traitement. J’avais peur des médicaments. Ils m’ont sauvé la vie.
  • Un groupe de parole. Entendre quelqu’un dire exactement ce que je ressentais – cette solitude qui disparaît d’un coup.
  • Appeler le 3114 une nuit où c’était trop fort. La personne au bout du fil n’a pas jugé. Elle a juste été là.

Aujourd’hui

Je ne vais pas vous dire que tout est parfait. Il y a des jours difficiles. Mais je suis là. Mes enfants ont leur mère. Et certains matins, en ouvrant les yeux, ma première pensée n’est plus « encore » – c’est juste la journée qui commence.

C’est suffisant. C’est même immense.


Si vous vous reconnaissez dans ces mots – si vous aussi vous regardez parfois quelque chose et pensez à disparaître – s’il vous plaît, parlez-en à quelqu’un aujourd’hui.

Le 3114 est disponible maintenant, 24h/24, 7j/7. Vous n’avez pas à porter ça seul·e.

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